dimanche 20 mars 2011

" Les centurions " de Jean Lartéguy.


C'est un fait d'actualité et une dépêche lus d'un oeil, qui m'ont fait m'interresser aux centurions de Jean Lartéguy.
La première est le décès voici peu de cet homme illustre.
Illustre par ses parcours de combattant et d'écrivain.
La seconde est que son livre " Les centurions " soit le livre de chevet de certains généraux américains impliqués dans la guerre Afghane.
Deux raisons biens valables.
La première question qui me soit venue à l'esprit est pour quelle raison des généraux américains s'intéressent-ils à un livre écrit voici il y a cinquante ans par un écrivain français.
Renseignements pris me voila plongé en quête du livre qui... n'est plus disponible.

Petit aparté pour rendre hommage à internet et à ses nombreux sites de vente d'occasion qui font la joie des lecteurs désapointés par le manque de réaction et d'initiative de l'édition française.
Comment se fait-il qu'un livre placé sur un tel piedestal ne soit pas réédité ? Cherchez l'erreur ! 

Allez, continuons notre chronique.

Prise en main du livre, vieux, usager, racorni et odoriférant. Il a vécu, il a roulé sa bosse. Malmené, trituré mais toujours présent et plus riche encore de ses expériences.
Comme les centurions qui sont la charpente de ce chef d'oeuvre.
N'ayons pas peur des mots, s'en est un.
De la jungle asiatique  après la défaite de Dien Ben Phu, aux cinglantes rafales de la mousson, la vie s'organise dans ce camps de prisonniers. Ils vont y passer 4 ou 5 ans.
Ils vont assimiler ce qui fait la doctrine des viethmin, un communisme triomphant qui va modeler le monde et fomenter d'autres batailles, d'autres systèmes ponctués de meurtres, d'amour et de camaraderie.
Il y a là Raspéguy, Boisfeuras, Merle, Esclavier etc...
Cette poignée d'officiers français meurtris par cettte défaite indochinoise vont rentrer en France.
La vie est bien différente ici. Les français n'ont pas vécu ce conflit éloigné, certains ne comprennent rien, d'autres jugent. En tout cas c'est suffisamment de sarcasmes pour rendre amer ce retour au pays.
Ces hommes ont été chamboulés par les pluies de mortier, par la mort cruelle et soudaine des copains, parfois par l'amour et souvent par le charme de l'Asie.
Comment reprendre le fil d'une vie de famille, entouré de femme et enfants, comment satisfaire une maîtresse qui n'a pas les charmes des asiatiques ?
On peut brûler la vie par les deux bouts, se satisfaire d'une médaille plantée au revers d'un veston, mais cela remplit-il la vie d'un homme ?
Mal à l'aise, déconvenus, nos centurions rongent leurs freins dans cette société qui ne leur correspond plus.
Et puis il y ce fantôme qui avance sur le monde : le communisme.
Et ce sont les premiers événements en Algérie.
On a besoin d'hommes aguerris, expérimentés, qui tiennent la route.
Nos officiers rempilent pour le X ème Régiment de Parachutistes Coloniaux.
Le Maghreb va les happer, mais rien ici ne ressemble à l'Asie. Le paysage, les moeurs, le climat. Il n'y a qu'une chose semblable, la guerre.
Les bombes, les terroristes, les colons, le Djebel et Alger la blanche.
C'est une autre guerre ici, même si les motifs rejoignent ceux des indochinois.
C'est plus charnel, plus passionnel, plus politique.
Jean Lartéguy a fait un grand roman de  " Les centurions", décomposé en trois parties, il donne vie à ce groupe d 'hommes qui ne sont pas que des officiers parachutistes.
Il a mis beaucoup de choses dans ce livre.
L'héroisme, la défaite, l'amour, l'ambivalence des hommes face à leurs destins, leurs interrogations face au destin du monde.
Il met à l'honneur l'aristocratie de ces hommes d'honneurs.
Il ne s'agit en aucun cas d'un livre de militaire revenchard. Jean Lartéguy me fait penser à ses reporters de guerre, baroudeurs au coeur du conflit et rendant compte dans un style académique de la réalité d'un conflit et du basculement du monde
C'est superbe, un grand livre.


Extraits :
"- Qu'est c'est ça " les contradictions internes du capitalisme " ?
- Ne plus oser faire la guerre qu'il faut pour se défendre. Ne pas se transformer, se renouveler pour porter la guerre chez l'adversaire, s'enfermer dans des citadelles confortables, ne pas sa battre la nuit, employer des mercenaires- nous par exemple- au lieu de jeter dansla mêlée tous ceux qui ont interêt à ce que ce système capitaliste survive, remplacer par la foi de l'argent et la technique, oublier que le peuple est le réservoir de toutes les énergies; le pourrir par le confort au lieu de la rassembler maigre et nerveux autour de quelques raisons valables...
- Le peuple aime aussi le confort. Il découvre en Europe le frigidaire et la télévision. Les Arabes aussi prendront goût au confort, et les Hindoux et les Chinois et les Patagous. Quand je serai de retour en France, je me plongerai avec frénésie dans tout ce confort.Jene boirai que glacé et ne ne coucherai qu'avec des petites filles bien aseptiques, qui se lavent le derrière avec des eaux parfumées.
- La civilisation du frigidaire et du bidet, ricanan Esclavier ".
***


Le communisme serait difficile à instaurer complétement tant qu'il y aurait des hommes et des femmes, avec leurs instincts et leurs passions, leur beauté et leur jeunesse. Jadisles chinois broyaient lentement les pieds de leurs femmes pour les rendre plus petits ; c'était une mode ; cela devait avoir un sens religieux ou érotique. Maintenant au nom du communisme, on broyait l'homme tout entier, on contrariait, on brisait sa nature.
***

Les hommes l'entraînèrent à l'auberge.
Escotéguy, aui avait passé avec lui le conseil de révision, lui demanda pendant qu'on servait le vin :
- Alors, Pierre. Raconte ! Comment c'était là-bas ?
Comment c'était là bas ! Leur expliquer tout ça, à eux qui étaient à peine sortis de leur vallée ; leur expliquer les Chinois et les Vietminh, les grandes herbes à éléphants de la Haute-Région et les rizières des deltas, la boue et la poussière, le combat , la souffrance, la mort, et ce que lui et les siens cherchaient derrière cette mort !
- C'était pas beau, répondit-il, de sa voix râpeuse, mais ça vous prenait aux tripes.
***

Il n'y a plus de chance dans le monde, plus rien que de l'économie, et des statistiques, une économie artificielle et des statistiques fausses, ce qui condamne Raspéguy et tous ceux qui lui ressemblent. J'en suis fort aise ; j'arrive à l'âge des statistiques.



1 commentaire:

  1. Voilà un livre que je vais lire car il me permettra de combler le vide laissé par mon père quand il nous disait que de ces guerres il ne pouvait rien en dire. "Que veux tu que je te dise, soupirait-il, on les a toutes perdues ! "...
    Ceux qui ont connu la guerre (civil ou militaire) ont tous ce sentiment que jamais plus la vie n'aura la même intensité.

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